La Méthode Syllabique : Apprentissage de la lecture

La méthode syllabique est une méthode d’apprentissage de la lecture longtemps débattue. Depuis plusieurs années les Instructions Officielles la préconisent, lui accordant une place importante depuis 2008 au sein des apprentissages fondamentaux des élèves de CP.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale sous la présidence d’Emmanuel Macron, tranche clairement pour l’abandon de la méthode globale en classe, au profit de la méthode syllabique.

Un peu d’histoire à propos de la méthode syllabique…

La lecture syllabique, initiée en 1762 par le Pasteur Stuber, est une des premières méthodes mises en place dans les écoles au début du XIXe siècle. En 1880 elle devient la méthode essentielle et incontournable de l’apprentissage de la lecture, base de savoirs et de culture autant pour les enfants que pour leur entourage.

A partir de 1920 tout se complique. Les méthodes d’apprentissage de la lecture deviennent source de débat dès lors que commencent à s’opposer méthode syllabique et méthodes globale ou semi-globale. La lecture globale étant basée sur l’apprentissage visuel de l’image des mots (c’est l’accumulation mémorielle des mots dans leur globalité orthographique qui permet à l’enfant d’apprendre à lire). Dans les années 80 cette dernière prend une place prépondérante en classe, reléguant la méthode syllabique au rang d’une pédagogie obsolète et archaïque.

En 2005, Gilles de Robien, à l’époque Ministre de L’Éducation Nationale, préconise l’abandon de cette méthode de lecture globale. Il s’appuiera 2 ans après sur les recherches du neuroscientifique Stanislas Dehaene qui précise, dans Les neurones de la lecture (Editions Odile Jacob, 2007), «l’inefficacité de la méthode globale d’enseignement […] confirmée par l’expérimentation directe [car] l’apprentissage par la méthode globale mobilisait un circuit inapproprié, diamétralement opposé à celui de la lecture experte. »
Les débats s’essoufflent car les enseignants réclament le droit à la liberté de choix pédagogiques. Ces derniers concèdent à penser que cette opposition devient inutile et contraignante.

En 2017, Jean-Michel Blanquer déclare qu’ «entre quelque chose qui ne marche pas – la méthode globale – et quelque chose qui fonctionne – la syllabique –, il ne peut y avoir de compromis mixte. Ce sujet ne relève pas de l’opinion, mais de faits démontrés par la recherche. C’est très clair ».

Il appuie son discours de 4 circulaires (publiées le 26 Avril 2018) qui précisent entre autre la meilleure manière d’apprendre les bases de la lecture et de la grammaire.

Un livret de 130 pages, destiné à l’usage des enseignants est mis à leur disposition au mois de Juillet 2018 et détaille très clairement les modalités d’apprentissage de la lecture au CP : une méthode purement syllabique.

Le B.A. BA de la méthode de lecture syllabique!

La méthode syllabique est un procédé d’apprentissage qui demande à l’enfant d’associer les phonèmes (les sons) et les graphèmes (les lettres) lors de la lecture. Plus simplement : à chaque lettre de l’alphabet correspond un son que l’élève doit apprendre à reconnaître, à mémoriser et à déchiffrer. Donc 26 lettres dans l’alphabet = 26 sons. Facile ! Et bien non, car certaines combinaisons de lettres produisent un son différent et, par ailleurs, certains sons peuvent s’écrire avec plusieurs lettres différentes. En lisant, l’élève combine chacun de ces sons et donne sens à sa lecture. C’est la combinatoire, autre nom donné à la lecture syllabique.

Un exemple d’utilisation de la méthode syllabique avant de vous perdre :

Le mot bateau est composé de 6 lettres. Chaque lettre produit un son à sa lecture : le « b » fait [ b ], le « a » fait [ a ], le « t » fait [ t ]. Jusque là, tout va bien.
La suite se complique… : « eau » est une combinaison de lettres qui produit le son [ o ], et non pas [ Ø ], [ a ] et [ u ]. C’est un son dit complexe (comme « an », « on », « ou », etc.).
En collant chaque son (le [ b ] avec le [ a ], puis le [ t ] avec le son [ o ]), on combine les sons. D’où le nom de lecture combinatoire.

Mais la syllabe dans tout ça me direz-vous ?

En écoutant ses pairs parler, dès son plus jeune âge, l’enfant acquière ce qu’on appelle la conscience phonologique (la conscience des sons qu’il entend, qu’il prononce). Ce savoir phonologique lui permet d’aborder la lecture en prenant conscience à son tour de la structure du mot et de la syllabe. Pour aborder la lecture, l’enfant doit combiner les sons en découpant le mot en syllabes. On lit petit à petit, on avance dans le mot en sautant d’une syllabe à l’autre : ba – teau ! De là vient le nom de lecture syllabique.

Les programmes 2018 et la méthode syllabique (cycle 2).

La méthode syllabique répond intégralement aux Instructions Officielles de la rentrée 2018.

  •  Discriminer visuellement et de manière auditive les constituants des mots.
  • Connaître les lettres.
  • Connaître les correspondances graphophonologiques et la combinatoire.
  • Mettre en œuvre une démarche pour découvrir et comprendre un texte.
  • Mobiliser des compétences de décodage d’expériences antérieures, de connaissances lexicales.
  • Être capable de faire des inférences.
  • Décoder et comprendre un texte en lecture à voix haute.

Nous y trouvons clairement les mots « discriminer », « constituant des mots », « lettres », « correspondances graphophonologiques », « combinatoire », « décodage ».

La méthode syllabique est porteuse de sens afin de répondre à ces nouveaux programmes.

Les manuels classiques de lecture syllabique (pure…)

Si l’on souhaite respecter une méthode purement syllabique, il nous reste bien peu de manuels disponibles sur le marché :

  • La méthode Boscher qui a été le premier ouvrage de lecture syllabique (1906)
  • Léo et Léa (2009, Belin Education)
  • Le manuel de lecture (2007, Librairie des écoles)
  • En riant, une vieille méthode de 1935, (disponible d’occasion uniquement)
  • Piano (RETZ)
  • Je lis, j’écris (Les lettres bleues)

Quant aux autres, tout en apportant une belle base de lecture syllabique, elles y mêlent un peu de lecture globale : Ratus, Taoki, Gafi, Piloti …

Fichiers à télécharger sur la méthode syllabique

Nos créateurs proposent des fichiers à imprimer pour l’apprentissage de la lecture au cp via la méthode syllabique.

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- 33% L’univers de la syllabique, guide pédagogique
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- 80% Mots Outils CP TAOKI Période 1

La progression de l’apprentissage des sons

Chaque manuels conçoit et possède une progression qui lui est propre. De mêmes que, au delà de l’objet livre, de nombreux enseignants se lancent dans une méthode syllabique personnelle et réfléchie, soucieux de créer leur propre progression de sons tout au long de l’année.

Il n’existe pas de progression type, ou idéale. Il est plutôt d’usage d’aller du plus simple au plus complexe : les sons voyelles, les sons simples en début d’année, les sons complexes réservés au lecteur averti du second semestre (Léo et Léa, Belin).
Certaines progressions n’hésitent pas à mêler dès le début d’année des sons complexes aux sons simples, comme [ u ], [ Ɔ ] » (Piano, RETZ).

L’important est que la progression ait du sens, autant pour l’enseignant que pour les élèves.

*****

Comme toute méthode de lecture, l’essence et l’essentielle de la méthode syllabique est ce que l’on en fait. Le plaisir de la lecture chez l’enfant naît du confort et du sens qu’il y trouve.
S’ouvrir au monde, le comprendre et lui partager ce que nous sommes passe par l’apprentissage de la lecture.

1 Comment
  1. La méthode syllabique est porteuse de sens pour ceux qui comprennent tout seuls (80% des élèves approximativement)… pour les autres, il faut un petit plus , c’est à dire enseigner simultanément la compréhension : https://youtu.be/CMf9vU_1RyI

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